Modélisation des 3 états financiers

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Modélisation des 3 états financiers
Étude de cas Finanboost Solvex Industries SA : compte de résultat, bilan et flux de trésorerie reliés, vérifiés, équilibrés. Modélisation...

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Programme thématique Finanboost

Modélisation des 3 États Financiers

Étude de cas Finanboost Solvex Industries SA : compte de résultat, bilan et flux de trésorerie reliés, vérifiés, équilibrés.

Schedules opérationnelsCircularité & RevolverImpôts différésÉtoile pédagogique

Avant de commencer

Ce que vous saurez faire à la fin de cette leçon

  • Distinguer les schedules opérationnels d’un modèle financier et les construire dans le bon ordre.
  • Construire un compte de résultat multi-division avec des marges et des croissances différenciées.
  • Calculer une charge d’impôt différé à partir d’un écart entre amortissement fiscal et comptable.
  • Expliquer pourquoi une ligne de crédit renouvelable (revolver) crée une circularité, et la résoudre dans Excel.
  • Utiliser le bilan comme système de détection d’erreur plutôt que comme simple sortie de calcul.

Le cas d’étude

Solvex Industries SA

Solvex est un fabricant fictif d’équipements et de services de filtration industrielle, basé au Luxembourg. L’entreprise sert de fil rouge à l’ensemble de la session : chaque schedule que vous construisez utilise ses vrais chiffres, projetés sur 6 exercices (2025A à 2030F).

ÉlémentDétail
SecteurÉquipements & services de filtration industrielle
SiègeLuxembourg + site de production en Belgique
Chiffre d’affaires 2025A85 500 K€
Chiffre d’affaires 2030F120 931 K€
Structure2 divisions, 4 classes d’immobilisations, Term Loan + Revolver

Deux divisions, deux profils économiques

Le choix de deux divisions contrastées n’est pas anodin : il oblige à désagréger le chiffre d’affaires plutôt que de le traiter comme une ligne unique — exactement la nuance qu’un analyste rencontre en pratique.

ÉquipementsServices & Maintenance
Marge brute 2025A36,0%61,0%
Marge brute 2030F38,5%63,5%
Profil de croissanceCyclique, ralentie 2026-2027Régulière, +10 à +12 %/an

Note pédagogique

L’écart de marge et de croissance entre les deux divisions explique à lui seul une bonne partie de l’expansion de la marge d’EBITDA du groupe (24,5% → 31,0%) : Services croît plus vite qu’Équipements, ce qui tire le mix — et la marge consolidée — vers le haut.

Philosophie de modélisation

Concevoir à l’envers : des outputs vers les inputs

La plupart des modélisateurs débutants commencent par les hypothèses et avancent case par case jusqu’au résultat. L’approche recommandée est inverse : on identifie d’abord ce que le lecteur doit voir (le résultat, le bilan, les ratios), puis on remonte vers ce dont on a besoin pour le calculer.

ÉtapeRôle
InputsHypothèses saisies : croissance, marges, DSO/DIO/DPO, taux
DriversInducteurs isolés qu’on peut faire varier pour tester le modèle
SchedulesRevenue, Immobilisations, Fiscalité, Capital — calculs détaillés
OutputsCompte de résultat, Bilan, Flux de trésorerie — la synthèse

La mise en page qui en découle

Un modèle bien construit place le lecteur avant le calcul : la page de garde et le tableau de bord arrivent en premier, les hypothèses ensuite, et le détail des schedules — le plus technique — en dernier, presque en annexe. C’est cette logique qui structure les onglets Excel de cette session : Garde, Hypothèses, puis Missions A/B/C, puis les 3 états financiers.

Mission A

Le compte de résultat

Chaque ligne du compte de résultat de Solvex dérive d’un inducteur explicite — jamais d’un chiffre saisi en dur au milieu d’une formule.

CA(division, N) = CA(division, N-1) × (1 + croissance)
Coût des ventes(division) = -CA(division) × (1 - marge brute(division))
2025A2026F2027F2028F2029F2030F
Chiffre d’affaires85 50090 26595 422103 198111 954120 931
Marge brute37 65540 57843 85348 27253 16858 300
EBIT15 53617 35419 24422 08025 58929 299
Résultat net10 30111 75413 25115 53118 59621 773

Les charges opérationnelles suivent trois logiques différentes, qu’il faut savoir reconnaître :

  • Frais commerciaux : proportionnels au CA total (6,0 %) — ils grossissent avec l’activité.
  • G&A : une base fixe qui croît à un rythme d’inflation propre (+2,0 %/an) — indépendante du CA.
  • R&D : proportionnelle au CA total (2,8 %), comme les frais commerciaux.

Principe clé

Trois lignes qui semblent similaires (des « charges ») répondent à trois logiques de calcul différentes. Confondre une charge variable et une charge fixe est l’erreur de modélisation la plus fréquente à ce stade — toujours se demander : cette charge suit-elle le CA, ou suit-elle sa propre trajectoire ?

Mission B

Immobilisations : quatre classes, quatre rythmes

Plutôt qu’un pourcentage forfaitaire du CA, Solvex modélise quatre classes d’actifs avec leur propre durée d’utilité — une véritable logique d’« Asset Schedule ».

Classe d’actifDurée d’utilitéVNC ouverture (fin 2024)
Machines de production10 ans27 400 K€
Bâtiments & agencements25 ans21 800 K€
Matériel informatique & digital4 ans2 450 K€
Véhicules & matériel de manutention6 ans3 650 K€

La formule de dotation, identique pour les 4 classes

Dotation = VNC début de période ÷ durée d'utilité
+ CAPEX de l'exercice ÷ durée d'utilité × 50 %

Le « × 50 % » applique la convention du demi-exercice : un investissement réalisé en cours d’année ne s’amortit que sur une demi-période la première année — il serait irréaliste de compter une année pleine d’amortissement sur un actif acheté en octobre.

Repère chiffré

Le CAPEX 2027F atteint 16 550 K€, tiré par une nouvelle ligne de production. C’est ce pic d’investissement qui déclenche, la même année, le tirage maximal du revolver (8 333 K€) — les deux mécaniques sont liées, comme vous le verrez plus loin.

Mission B

Quand le fisc et la comptabilité divergent

Le régime fiscal autorise un amortissement dégressif accéléré sur les actifs mobiliers (Machines, Informatique, Véhicules) — mais pas sur les Bâtiments, qui suivent le régime linéaire fiscal obligatoire de l’immobilier.

La mécanique en trois étapes

  • Différence temporaire = amortissement fiscal − amortissement comptable (book), sur le pool éligible.
  • Charge d’impôt différé = différence temporaire × taux d’impôt (24 %).
  • Passif d’impôts différés (DTL) = cumul des charges d’impôt différé constatées.
2025A2026F2027F2028F2029F2030F
Amortissement fiscal (pool)6 7907 1217 8328 4888 7389 041
Charge d’impôt différé546501502499454419
Passif d’impôts différés (DTL)5461 0471 5492 0482 5022 921

Pourquoi ça compte

L’impôt total comptabilisé au compte de résultat (EBT × 24 %) n’est pas le montant réellement payé à l’administration cette année-là : l’impôt courant (payé) = impôt total − charge d’impôt différé. La charge d’impôt différé est donc une écriture purement comptable, sans effet de trésorerie l’année où elle est constatée — elle doit être réintégrée dans le tableau des flux.

Mission C

Deux dettes, deux logiques de calcul

Dette à long terme — linéaire

Intérêts calculés sur le solde d’ouverture de l’exercice — connu à l’avance, donc aucune boucle de dépendance.

Revolver (RCF) — circulaire

Intérêts calculés sur le solde moyen (ouverture + clôture) / 2 — mais le solde de clôture dépend de la trésorerie disponible, qui dépend du résultat net, qui dépend… des intérêts.

Le mécanisme du revolver

Le revolver agit comme un prêteur de dernier recours : si la trésorerie disponible tombe sous une cible minimale, il est tiré pour combler l’écart. Dès que la trésorerie repasse au-dessus de cette cible, l’excédent rembourse automatiquement le revolver en priorité un mécanisme appelé cash sweep.

Mission C

Comprendre -> puis résoudre -> la circularité

Une formule est circulaire quand son résultat dépend, même indirectement, de sa propre valeur. Chez Solvex, la boucle se referme ainsi :

Trésorerie avant revolver → Tirage / remboursement → Solde du revolver → Intérêts du revolver → Résultat net → Trésorerie (via le flux d’exploitation) → retour à la case départ.

Solution dans Excel

Fichier → Options → Formules → Activer le calcul itératif (100 itérations, écart maximal 0,001). Sans ce réglage, Excel affiche une erreur de référence circulaire et refuse de calculer.

Isoler la circularité sur une seule ligne — plutôt que de la laisser se propager dans toute la dette — garde le modèle lisible et le calcul rapide à converger. C’est un choix de conception délibéré, pas une contrainte technique subie.

BFR

Le rythme du cycle d’exploitation

Le besoin en fonds de roulement traduit en trésorerie le décalage entre le moment où l’entreprise engage une dépense (ou reconnaît un produit) et le moment où elle encaisse ou décaisse réellement.

PosteBase de calculSolvex
Créances clients (DSO)DSO ÷ 360 × CA68 jours
Stocks (DIO)DIO ÷ 360 × Coût des ventes74 jours
Dettes fournisseurs (DPO)DPO ÷ 360 × Coût des ventes52 jours

Piège fréquent

Une hausse d’un poste d’actif (créances, stocks) est une consommation de trésorerie. Une hausse d’un poste de passif (fournisseurs) est une source de trésorerie. C’est l’erreur de signe la plus fréquente chez les débutants – vérifiez toujours le sens de la variation avant de l’intégrer au flux de trésorerie.

Principe fondamental

Le bilan comme système de détection d’erreur

Un bilan qui ne s’équilibre pas — Total Actif ≠ Total Passif + Capitaux propres — n’est jamais un défaut de conception du modèle. C’est la preuve qu’une ligne, quelque part, a été omise ou mal reliée.

  • On ne lie jamais directement les 3 états entre eux pour forcer artificiellement l’équilibre.
  • Un contrôle à zéro prouve que chaque flux a été correctement rattaché — pas plus, pas moins.
  • Un bilan d’ouverture qui ne s’équilibre pas propage silencieusement une erreur constante sur toutes les colonnes suivantes : toujours le vérifier avant de lancer les projections.

Illustration: la Mission Étoile

Dans l’exercice de diagnostic de cette session, une ligne « Charge d’impôt différé (non-cash) » est volontairement omise du tableau des flux de trésorerie — alors qu’elle reste correctement comptabilisée au compte de résultat et au bilan. Résultat : le contrôle du bilan affiche un écart qui croît chaque année, et cet écart est exactement égal au solde du passif d’impôts différés. Ce n’est pas un hasard : c’est la preuve mécanique que l’unique omission est ce retraitement non-cash. La correction : réintégrer la ligne manquante dans le flux d’exploitation — rien d’autre ne doit être modifié.

Référence

Lexique express

TermeDéfinition
EBITDARésultat d’exploitation avant amortissements — proxy du cash-flow opérationnel
DTLPassif d’impôts différés — impôt futur dû sur une différence temporaire
BFRBesoin en fonds de roulement — trésorerie immobilisée dans le cycle d’exploitation
DSO / DIO / DPODélais clients / stocks / fournisseurs, exprimés en jours
RCF / RevolverLigne de crédit renouvelable — tirée et remboursée selon le besoin
Cash sweepRemboursement automatique de la dette dès que la trésorerie excède un seuil
CircularitéUne formule qui dépend, même indirectement, de son propre résultat
Calcul itératifRéglage Excel qui résout une formule circulaire par approximations successives

Synthèse

Ce que vous emportez de cette session

  • Construire un compte de résultat multi-division avec de vraies formules, pas des raccourcis.
  • Bâtir un schedule d’immobilisations à plusieurs classes d’actifs et calculer un impôt différé.
  • Résoudre une circularité de trésorerie réelle avec le calcul itératif d’Excel.
  • Lire un bilan comme un système de détection d’erreur, pas comme une simple sortie de calcul.

Pour aller plus loin

Le classeur Excel Corrigé de cette session détaille chaque formule, ligne par ligne, sur les 6
exercices : utilisez-le comme référence pendant que vous complétez votre propre classeur.